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Fertigation des légumineuses
Etude de cas : le haricot vert
(Prof. Ahmed SKIREDJ)
(Département d'Horticulture/IAV Hassan II/ Rabat/ Maroc)
Les objectifs du présent chapitre sont les suivants :
* Intensification de la culture de haricot vert par le recours à la fertigation
* Etude de cas de sol lourd et de sol léger
* Utilisation ou non de la fumure de fond
* Place de la fumure organique dans un programme de fertigation
I- Introduction et problématique de la fertilisation du haricot vert:
Le haricot vert, comme pour toutes les autres légumineuses dispose de deux voies d'alimentation azotée: l'assimilation des nitrates du sol ou des engrais et la fixation symbiotique de N2 atmosphérique. Tout programme de fertilisation et fertigation de cette culture ne peut être réussi que lorsqu'il prend en considération cette caractéristique des légumineuses.
La problématique avec le haricot vert est la suivante: L'assimilation des nitrates permet , en général, l'obtention de rendements élevés lorsque le mode d'apport de N-combiné est optimal (Srivastava et al, 1986). En cas d'excès de N, il y a un gaspillage d'énergie (une tonne de NH3 nécessite pour sa production une tonne de pétrole (Félix et al, 1981), un gaspillage d'argent (les quantités d'engrais utilisés sont croissantes et leurs prix sont de plus en plus élevés aussi) et une pollution de la nappe phréatique recevant les fortes quantités d'engrais drainées. Ces excès de N-minéral inhibent aussi la 2ème voie de nutrition azotée, c'est-à-dire la fixation symbiotique. En cas de faible apports de N, les rendements obtenus ne sont pas élevés et les potentialités des variétés ne sont pas atteintes. Il faut donc optimiser l'apport de N-combiné de façon à produire au maximum et à exploiter la fixation biologique.
Par ailleurs, la fixation symbiotique ne permet pas, en général,, l'obtention de rendements élevés. Elle est insuffisante pour une production maximale des cultivars tempérés lorsqu'elle est la seule voie de nutrition azotée (Huntington et al, 1986). Elle est aussi inhibée par des apports de N-combiné qui visent l'amélioration de la production (Sundstrom et al, 1983; Streeter, 1985). Mais c'est une voie gratuite de nutrition et constitue un retour à une agriculture plus économe en énergie. Elle réduit aussi la dépendance des pays en voie de développement à l'égard des importations d'engrais azotés. La question qui se pose est alors la suivante: Comment obtenir le maximum de production sans perdre les avantages de la fixation symbiotique?
D'autre part, la fixation est liée au matériel végétal (Westermann et Kolar, 1978; Félix et al, 1981) et n'a d'intérêt que si l'azote minéral du sol et des engrais est ou bien prélevé par la plante cultivée ou bien constitue un reliquat qui reste disponible à la culture suivante. Malheureusement, ce reliquat d'azote dans le sol est très difficile à évaluer. C'est aussi un critère pour lequel la variabilité n'est pas connue. Il est donc très difficile de réaliser des programmes d'amélioration du matériel végétal pour la fixation biologique, surtout lorsque celle-ci intacte avec les facteurs du milieu. La 2ème question qui se pose est la suivante:
Comment pallier cette difficulté afin de choisir les cultivars de haricot vert qui produisent au maximum et qui utilisent les 2 voies de nutrition azotée, exploitant la fixation et complétant la couverture de leurs besoins en N par N-combiné, sans risque de gaspillage ni de pollution?
Afin de répondre à la première question qui consiste à concevoir un mode optimal de fertilisation visant la complémentarité entre l'assimilation des nitrates et la fixation symbiotique, les travaux de Félix et al, 1981 montrent que l'évolution avec le temps de l'activité nitrate réductase, (ANR), enzyme responsable de l'assimilation de N-minéral, permettant la réduction de NO3- en NO2-, présente 2 pics:
* 1er pic en début de floraison (lorsque la nodulation est encore faible et la fixation est encore à son début). Un apport de N-combiné effectué au stade plantule augmente ce pic (Sundstrom et al, 1983). Cet apport ne doit pas être élevé afin de ne pas inhiber la nodulation et la fixation (Rushel et al, 1982; Streeter, 1985).
* 2ème pic en début grossissement des gousses et graines du haricot sec ou en pleine production du haricot vert. Ce pic a lieu 10 à 20 jours après l'apparition du pic d'activité de la fixation symbiotique (enzyme nitrogénase) mesurée par l'activité de réduction de l'acéthylène (ARA), en cas d'apport de N-combiné au début de la saison. Par contre, lorsque N-minéral est apporté en période post-florale, le pic d'ARA est étalé et retardé.
II- Conclusion pratique sur le programme de fertilisation:
Trois stades repères sont déterminés pour le fractionnement de N-combiné (Skiredj, 1991): il faut apporter N-minéral au début du cycle ( stade levée-10 JAL ) afin d'améliorer la nodulation, la fixation et principalement le pic de l'ANR qui est fondamentale pour obtenir une production élevée. Le 2ème stade d'apport de N-minéral est la pleine floraison , juste avant l'apparition du pic de la fixation (qui ne sera donc pas inhibée par N, mais plutôt reculée vers la phase de production des gousses et de forts besoins azotés). Il faut ensuite éviter tout apport de N-combiné jusqu'au stade de dégénération des nodosités et de chute naturelle de la fixation ( stade grossissement ). A ce moment, la fixation est déjà affaiblie, la plante a toujours de forts besoins en N, l'apport de N-minéral est alors important afin d'augmenter le 2ème pic de l'ARN (assimilation des nitrates).
C'est donc à partir de l'étude bibliographique et la recherche adaptative que les stades optima des apports de N-minéral ont été déterminés. Afin d'exploiter la 2ème voie de nutrition azotée du haricot, il est recommandé, dans la plupart des cas, d'inoculer les graines par une souche de Rhizobium efficiente adaptée à la variété utilisée. Le gain naturel (N2 fixé biologiquement) peut arriver à 40 - 50 kg N/ha gratuitement. Dans certains cas de variétés tropicales, sous les fortes pluies tropicales, N est lessivé, la fixation est à son maximum et le gain gratuit dépasse 200 kg N/ha.
III- Place de la fertigation dans la fertilisation du haricot vert:
La fertigation est l'apport des éléments nutritifs dans l'eau d'irrigation. Cet apport peut avoir lieu sur la culture en sol qui peut être lourd ou léger ou moyen, riche ou pauvre dans sa fertilité. Il peut également avoir lieu sur la culture en hors sol, soit sur substrat inerte ou sur milieu liquide (hydroponique). Lorsque la fertigation est effectuée en milieu liquide, complètement libre de tout obstacle physique, en conditions de forte intensification culturale (lumière et température à leurs optima, milieu nutritif complet et raisonné selon les besoins de la culture, variété productive bien choisie, techniques culturales maîtrisées...etc), les potentialités de production de cette variété peuvent être atteintes. Le niveau obtenu de rendement peut donc être considéré comme une référence pour la variété en question. La fertigation est une technique importante dans la détermination des potentialités de production des différents matériels végétaux disponibles. Avec la fertigation, en général, on est certain que le facteur nutrition minérale n'est pas le facteur limitant de la production si celle-ci n'est pas à son niveau élevé; le facteur limitant doit être recherché ailleurs au niveau du matériel végétal et des autres techniques culturales..
IV- Présentation d'un essai de haricot vert conduit en fertigation en milieu hydroponique: effets de l'égoussage, de l'inoculation par le Rhizobium et des apports de N-combiné (doses et moments d'application).
A- Matériel et méthodes:
La semence a été inoculée par la souche CIAT 57, à la concentration d'un milliard de bactéries par graine. Avant l'inoculation, la semence a été désinfectée par l'eau de Javel (à 24 degrés, diluée à 10 %). Les graines inoculées ont été mises au germoir pendant 4 jours pour atteindre le stade levée (plantules à 2 feuilles simples cordiformes). La plantation a lieu en milieu hydroponique, sur des plaques en polyester couvrant des bacs remplis de solution nutritive. L'arrangement des plants a été effectué selon des triplets (60 cm entre triplets x 12 cm dans les triplets x 12 cm dans les rangs). La densité moyenne obtenue a été de 24 plants/m2. Le dispositif expérimental est de type split plot, avec une première division selon l'inoculation (I+ : plantes inoculées; I-: non inoculées) et une 2ème division selon les apports N-combiné (T: témoin; N30: apport supplémentaire de N-minéral au stade 30 JAL; N40: apport de N-minéral supplémentaire au stade 40 JAL) et les variétés ( Cristal : variété à rames et Royalnel: variété naine). La définition des traitements est la suivante:
* T (témoins): alimentation de la culture par 4 Solutions nutritives: S1 durant la phase « plantation ou levée-12 JAL »; S2: durant la phase « 12-20 JAL » et S3 durant le reste du cycle cultural (> 20 JAL).
* N30: Mêmes solutions nutritives que T (S1 , S2 et S3), mais à partir du stade 30 JAL, renouvellement du milieu nutritif de la culture (cas de la variété Royalnel uniquement) par une solution nutritive enrichie en N (S4).
* N40: Mêmes solutions nutritives que T (S1 , S2 et S3), mais au stade 40 JAL, renouvellement du milieu nutritif de la culture (cas des variétés Cristal et Royalnel) par une solution nutritive enrichie en N (S4).
* Les blocs de Cristal ont donc été formés par 2 bacs (T et N40) et ont été répétés 6 fois, soit 12 bacs. Ceux de royalnel ont été formés par 3 bacs et ont été répétés 4 fois, soit 12 bacs aussi.
Les apports totaux en macro-éléments nutritifs sont donc les suivants (ppm):
Elément nutritif |
S1 |
S2 |
S3 |
S4 (1 Hoagland) |
NO3N |
49 |
98 |
98 |
196 |
NH4N |
3.5 |
7 |
7 |
7 |
P |
7.5 |
15 |
15 |
15 |
K |
58.5 |
117 |
117 |
234 |
Tableau des compositions chimiques des solutions nutritives utilisées (mg/l):
Engrais |
S1 |
S2 |
S3 |
S4 |
KNO3 |
151.5 |
303 |
303 |
606 |
Mg SO4-7H2O |
123 |
246 |
246 |
246 |
Ca(NO3)2-4H2O |
236 |
472 |
472 |
944 |
PO4.H2.NH4 |
28.25 |
57.5 |
57.5 |
57.5 |
H3BO3 |
2.86 |
2.86 |
4.29 |
4.29 |
MnCl2.4H2O |
1.8 |
1.8 |
2.7 |
2.7 |
CuSO4.5H2O |
0.08 |
0.08 |
0.12 |
0.12 |
ZnSO4.H2O |
0.22 |
0.22 |
0.33 |
0.33 |
Na2Mo4.2H2O |
0.04 |
0.04 |
0.06 |
0.06 |
EDTA.Fe3 |
30 |
30 |
45 |
45 |
* La solution S1 est la plus diluée; inutile de la concentrer puisque la taille des plantes est encore petite (stade plantule). Elle est ¼ Hoagland.
* La solution S2 a une teneur double de S1 en macroéléments.
* La solution S3 contient les mêmes teneurs en macroéléments mais 1.5 fois les teneurs en oligoéléments
* La solution S4 est la plus concentrée des solutions.
B- Résultats et discussion:
1- Nombre cumulé de gousses produites par plante: L'inoculation n'a eu aucun effet significatif sur le nombre de gousses par plante, sauf qu'en fin de cycle les plantes de Royalnel non égoussées et inoculées ont formé moins de gousses que les plantes non inoculées. L'azote a significativement favorisé la production totale de gousses par plante égoussée au stade 77 JAL, chez Cristal. Par contre chez Royalnel, l'azote apporté en début floraison (N30) n'a pas été favorable à la fructification. Avec égoussage, Cristal a formé 47 % du nombre total de ses gousses durant les deux premières semaines de la fructification (35-48 JAL), c'est-à-dire durant environ le tiers de la période totale des cueillettes. Royalnel a été aussi précoce que Cristal (35 JAL), mais son rythme de production précoce a été beaucoup plus faible. Sa production totale a été complètement épuisée au stade avancé 48 JAL. Le cultivar nain n'a formé que 55-62 % du nombre total des gousses de Cristal, respectivement chez les plantes égoussées et non égoussées.
L'égoussage a augmenté le nombre total des gousses par plante des 2 variétés. En effet, le nombre des gousses des plantes non égoussées n'a été que de 31 % de celui des plantes égoussées chez Cristal à la fin du cycle. A un stade plus avancé (48 JAL), ce % a été plus élevé (63 %). Pour Royalnel, au stade 48 JAL, les plantes non égoussées ont formé 71 % du nombre total des gousses produites par les plantes égoussées. Le t ableau des résultats est le suivant :
Variétés |
Traitements |
35 JAL |
48 JAL* |
48 JAL** |
77 JAL* |
95 JAL** |
C |
I+ |
15.25 |
35.13 |
22.51 |
75.75 |
23.38 |
C |
I- |
14.75 |
35.75 |
22.26 |
74.5 |
22.88 |
C |
T |
15 |
36.38 |
21.13 |
71.63b |
22.25 |
C |
N40 |
15 |
34.51 |
23.63 |
78.63a |
24 |
C |
MG |
15 |
35.44 |
22.4 |
75.13 |
23.21 |
C |
% CV |
8.1 |
7.8 |
11.6 |
5.3 |
11.6 |
|
|
|
|
|
|
|
R |
I+ |
2 |
20.17 |
11.92b |
|
|
R |
I- |
2.25 |
18.92 |
16.25a |
|
|
R |
T |
2.5a |
19.25 |
14.26 |
|
|
R |
N30 |
1.75b |
20.51 |
14.38 |
|
|
R |
N40 |
2.5a |
18.88 |
13.25 |
|
|
R |
MG |
2.13 |
19.54 |
13.96 |
|
|
R |
% CV |
30.4 |
18.1 |
32.1 |
|
|
C= Cristal ; R= Royalnel ; * : plantes égoussées ; **: non égoussées. MG= moyenne générale.
2- Rendement cumulés obtenus: Cristal a présenté deux phases de production des gousses: 30-53 JAL, avec un grossissement intensif et rapide , et 53-77 JAL, avec un rythme de grossissement affaibli. Le stade 53 JAL a donc été un stade repère pour Cristal. Durant la période 48-53 JAL, le transfert des assimilas vers les fruits a été le plus élevé. Royalnel a plutôt présenté 3 phases de grossissement des gousses, (30-41), (41-44) et (44-48) JAL, avec des rythmes respectifs de grossissement faible, maximal et décroissant. Les 2 stades repères ont donc été 41 et 44 JAL. Le maximum de transfert de la matière vers les gousses a eu lieu durant la courte période du 41 au 44 JAL. De même, au stade 48 JAL, Royalnel n'a produit que près de 40 % de la production de Cristal (MF). Royalnel n'est donc pas une variété de haute intensification culturale; son potentiel de production est donc faible devant celui de Cristal. Le t ableau des données :(moyenne des traitements dont la différence n'a pas été significative) est le suivant:
Variétés |
Stades (JAL) |
Rendement (g MF/plante égoussée) |
Phase (JAL) |
Cinétique production (g MF/plte.jour |
C |
35 |
20 |
30-35 |
4.0 |
C |
39 |
44.37 |
35-39 |
6.1 |
C |
48 |
104.61 |
39-48 |
6.7 |
C |
53 |
140.92 |
48-53 |
7.2 |
C |
60 |
171.3 |
53-60 |
4.3 |
C |
65 |
188.68 |
60-65 |
3.5 |
C |
77 |
217 |
65-77 |
2.3 |
|
|
|
|
|
R |
35 |
2.57 |
30-35 |
0.5 |
R |
39 |
6.36 |
35-39 |
0.9 |
R |
41 |
8.47 |
39-41 |
1.0 |
R |
44 |
32.96 |
41-44 |
8.1 |
R |
48 |
42.39 |
44-48 |
2.3 |
C- Conclusion: La fertigation en milieu liquide (hydroponique) a été à l'origine d'une précocité très appréciable: un cycle de 77 JAL pour la variété à rames (Cristal) et de 48 JAL pour une variété naine (Royalnel). Le rendement maximal obtenu a été , en moyenne, de 52 T/ha pour Cristal (pour une période de cueillettes de 42 jours: 35-77 JAL) et de 10 T/ha pour Royalnel (pour une période cueillettes de 13 jours: 35-48 JAL). La variété Royalnel n'est donc pas une variété de forte intensification de production; elle ne peut pas valoriser la serre ni les dispositifs de fertigation. Plus le degré d'intensification augmente (par exemple utilisation de la serre, station de tête, fertigation, hydroponique...etc), plus le choix du matériel végétal est fondamental sinon la culture et les équipements ne peuvent pas être rentables.
Par ailleurs, plus la plante est égoussée par des cueillettes multiples, plus elle produit des gousses. Au stade 77 JAL, Cristal a produit 75 gousses/plante égoussée et seulement 23 gousses/plante non égoussée. La conséquence pratique est qu'il faut cueillir fréquemment le haricot vert pour obtenir un produit extrafin de bonne qualité et pour améliorer le rendement. Une culture cueillie par intervalles de temps espacés, ne produit pas bien ni en quantité ni en qualité. Quant aux solutions nutritives utilisées, on peut dire que le renouvellement du milieu liquide par des solutions enrichies d'azote n'a pas été valorisé par des rendements plus élevés; il est donc inutile d'effectuer cet enrichissement en N; la teneur en N des solutions S1 , S2 et S3 a donc été suffisante. S4 n'a pas été nécessaire pour l'amélioration du rendement). Ces solutions nutritives ont été conçues à partir de la solution Hoagland (S4) qui est très riche et luxueuse pour le haricot vert; son utilisation serait à l'origine d'un gaspillage non valorisable. S1 est ¼ Hoagland pour N; S2 et S3 sont ½ Hoagland pour N. Elles sont largement suffisantes pour une bonne production et précocité du haricot vert.
V- Fertigation du haricot vert conduit sur sol limoneux de Témara:
A- Conditions culturales:
sol moyennement lourd (limoneux), assez fertile (2.6 % MO ; 170 ppm P2O5; 100 ppm K2O), enrichi de fumure de fond minérale (80 kg/ha de P2O5 + 150 kg/ha de K2O) et organique 100 T/ha de fumier sur le précédent cultural, tomate):
L'inoculation a été assurée de la même manière décrite sur l'essai précédent. La région de la culture est Témara (SODEA). La culture a été installée sous grands tunnels SOCODAM.
B- Dispositifs expérimentaux :
1- Essai 1: Optimisation des doses de N sur la variété Cristal:
* Blocs aléatoires complets à 4 répétitions. Une parcelle élémentaire = 50 m2 (450 plantes).
* Traitements étudiés:
+ 0 N: témoins , sans N
+ 10 N: apport de 10 kg/ha de N au stade 10 JAL.
+ 60 N: apport de 10 +30 + 20 kg/ha de N aux stades respectifs suivants: levée, 40 et 60 JAL.
+ 120 N: apport de 10 + 30 + 40 + 40 kg/ha de N aux stades respectifs suivants: levée, 40, 60 et 70 JAL.
+ 160 N: apport de 10 + 30 + 40 + 40 + 40 kg/ha de N aux stades respectifs suivants: levée, 40, 60, 70 et 80 JAL.
* Chaque dose a été apportée par fertigation; celle-ci est effectuée quotidiennement pour tous les autres éléments minéraux sauf pour N (qui doit être apporté selon le programme tracé des essais).
2- Essai 2: Effet de l'inoculation:
* Blocs aléatoires complets, à 4 répétitions. PE = 50 m2 (450 plantes). Apport de 60 kg/ha de N (de la manière de 60 N décrite ci-dessus).
* Traitements:
+ D+ = Variété Diamant inoculée
+ D- = Variété Diamant non inoculée
+ C+ = Variété Cristal inoculée
+ C- = Variété Cristal non inoculée
C- Résultats et discussion:
1- Essai 1:
a- Rendements (g MF gousses /plante) :
Traitements |
60 JAL |
104 JAL |
120 JAL |
0 N |
9 |
242.3b |
293.6b |
10 N |
8.57 |
243.1b |
302.2b |
60 N |
4.66 |
287.5a |
423.2a |
120 N |
5.44 |
302.5a |
444.2a |
160 N |
8.77 |
303.7a |
445.4a |
Moyenne générale |
7.31 |
275.83 |
364.09 |
% Coefficient de Variation |
42.59 |
11.43 |
6.7 |
En ce qui concerne l'essai 1 (effets de doses N sur Cristal), le rendement final (stade 120 JAL) a été de 29.36 T/ha au niveau du traitement témoin 0 N et de 30.2 T/ha au niveau du traitement 10 N; ce sont les plus faibles; un rendement élevé ne peut donc être atteint par la fixation seule, ou par de très faibles apports de N (10 N). Cependant, l'apport de 10 N a légèrement amélioré le rendement. La dose optimale d'apport de N est de 60 kg/ha; en effet, il n'y a pas eu de différence significative entre rendements selon les apports de 60 , 120 ou 160 kg/ha de N. Il est donc recommandé de prendre la dose optimale faible de 60 N.
b- Nodulation:
La nodulation a été suivie au stade 60 JAL (stade du maximum de formation des nodosités). Les données sont les suivantes (mg MS nodosités/plante):
Dose N |
0 |
10 |
60 |
120 |
160 |
Moyenne générale |
mg MS nodosités/plante |
64.2 |
70 |
64 |
57.8 |
59.8 |
63.1 |
La dose de 10 kg/ha de N a amélioré la nodulation mieux que sans Nau stade 10 JAL.
2- Essai 2:
a- Rendement (g MF gousses/plante):
L'inoculation n'a eu aucun effet sur le rendement. Les souches indigènes du sol sont aussi efficientes dans la fixation de N2 atmosphérique que les souches d'inoculum utilisé.
La variété Diamant a été plus productive et plus précoce que la variété Cristal, avec ou sans inoculation. Diamant valorise mieux la serre et la fertigation que Cristal. Le rendement moyen obtenu à la fin du cycle cultural (120 JAL) par Diamant a été de 54.25 T/ha contre 48.3 T/ha par Cristal. Notons qu'avec Cristal, en un cycle de 77 JAL, le rendement potentiel obtenu avec le milieu hydroponique a été de 52 T/ha. On peut donc affirmer, qu'avec la fertigation, sous serre, les potentialités de production d'une variété peuvent être atteintes en prolongeant la durée des cueillettes et en entretenant convenablement la culture.
Traitements |
60 JAL |
104 JAL |
120 JAL |
D+ |
11a |
355a |
546a |
C+ |
7b |
328b |
487b |
D- |
13a |
363a |
539a |
C- |
8b |
320b |
479b |
Moyenne générale |
9.75 |
344.5 |
512.75 |
% Coefficient de Variation |
15.16 |
12.13 |
13.75 |
b- Nodulation (g MS nodosités/plante):
Traitements |
D+ |
C+ |
D- |
C- |
Moyenne générale |
mg MS nodosités/plante |
37.5c |
78.8a |
57.8b |
42.8c |
54.2 |
Avec inoculation, la nodulation a été plus faible que sans inoculation pour la variété Diamant. L'inverse a été trouvé pour la variété Cristal. On peut donc dire que les souches indigènes sont antagonistes avec l'inoculum CIAT 57 au niveau de la plante hôte Diamant. Elles sont plutôt synergiques au niveau de Cristal. Les variétés se comportent donc différemment selon la souche d'inoculum et la combinaison inoculum- souches indigènes.
L'inoculation par CIAT 57 a été efficiente au profit de Cristal. Il faut chercher une autre souche efficiente pour Diamant afin d'exploiter au maximum la fixation symbiotique de cette variété.
3- Conclusion: La dose optimale d'apport de N est de 60 kg/ha. Cette dose assure la complémentarité entre les deux voies de nutrition azotée du haricot vert, l'assimilation de N-minéral et la fixation biologique de N2 atmosphérique lorsque les apports ont lieu aux stades suivants: levée (10 kg/ha N), 40 JAL (30 kg/ha N) et 60 JAL (20 kg/ha N). L'inoculation a été bénéfique pour Cristal. Diamant nécessite un inoculum autre que CIAT 57. Cette inoculation a été à l'origine de l'exploitation de la fixation symbiotique. L'évaluation de cette fixation a montré que Cristal a fixé gratuitement 40 kg/ha de N2 atmosphérique. Le besoins en N du haricot vert s'élève donc à 60 (apport) + 40 (fixation) = 100 kg N/ha (total). Le rendement élevé obtenu au niveau des différents traitements témoigne de la haute fertilité du sol et de l'effet bénéfique de la fumure de fond, surtout organique, fournie lors du précédent cultural. En cas d'une application du fumier comme fumure de fond pour la culture de haricot vert, il faut que le fumier soit bien décomposé et bien incorporé dans le sol. Il ne faut pas qu'il y ait de poches vides dans le sol. de même, la fumure minérale de fond n'est intéressante et bénéfique à la culture qu'en absence de salinité de sol et d'eau d'irrigation. En cas de salinité, il ne faut pas apporter de fumure de fond minérale. Sinon, la levée devient très hétérogène et tardive, attendant le lessivage des sels par les apports hydriques ou pluviométriques.
VI- Essai fertigation de la culture de haricot vert conduite sur sol léger (sableux) de Bouknadel:
A- Conditions culturales: Sous serre, la variété Cristal a été installée en Février, avec inoculation par la souche CIAT 57 et apport de la dose optimale de 60 kg N/ha (10 + 30 + 20 kg N/ha respectivement aux stades levée, 40 et 60 JAL). L'alimentation hydrique et minérale a été assurée par fertigation sauf pour N, les apports, effectués dans l'eau d'irrigation, ont eu lieu à part, suivants les stades mentionnés. Le sol est sableux, pauvre en éléments nutritifs (0.5 % MO; 15 ppm P2O5 et 43 ppm K2O). Le pH du sol et de l'eau d'irrigation est de 6.8. Aucun problème de salinité n'a été présent. Aucune fumure minérale de fond n'a été fournie à la culture. Les doses de PK apportées en couverture, à partir du stade levée, sont 100 kg/ha P2O5 + 150 kg/ha K2O. Les apports hydriques et minéraux ont été effectués une fois par 3 jours suivant deux phases: levée-40 JAL: apport de 10 kg/ha de N + des 2/3 de la dose de P et de 1/3 de la dose de K. Phase 40-60 JAL, apport de 50 kg/ha N +1/3 restant de P et de 1/3 K. Phase 60-120 JAL: apport du 1/3 restant de K.
B- Dispositif expérimental: Le dispositif expérimental choisi est le bloc aléatoire complet, avec 4 répétitions. Une Parcelle élémentaire fait 50 m2 (500 plantes). Les traitements sont les suivants:
* Traitement F: Apport de fumier décomposé, bien mélangé au sol sur une profondeur de 40 cm, à la dose de 20 T/ha
* Traitement T: témoin sans fumier.
C- Résultats et discussion: Les rendements sont présentés au tableau suivant:
Traitement |
mg MS nodosités/plante |
Rendement g MF/plante |
Rendement T/ha (10 plantes/m2) |
F: Avec fumier (20 T/ha) |
82 |
320 |
32 |
T: témoin sans fumier |
71 |
210 |
21 |
Avec fumier, le rendement a été 1,5 fois celui obtenu sans fumier en sol pauvre sablonneux. Le fumier a donc été bénéfique à la culture. Il a aussi amélioré la nodulation des plantes. Cependant, le rendement obtenu sur sol léger a été plus faible que celui obtenu sur sol limoneux fertile.
D- Conclusion: Le rendement du haricot vert est plus élevé en sol lourd qu'en sol léger, avec 20 T/ha de fumier que sans fumure organique de fond, avec que sans fumure minérale de fond (80-100 kg/ha de P2O5 + 150-200 kg/ha de K2O, en cas d'absence de salinité) et avec le dose optimale de 60 kg/ha de N, distribuée de la manière suivante: 10 kg/ha de N au stade 10 JAL, 30 kg/ha de N au stade 40 JAL et 20 kg/ha de N au stade 60 JAL. Le premier stade d'apport de N améliore la nodulation et donne un coup de starter à la production de biomasse de la plante. Le 2ème apport de N au stade 40 JAL (juste avant la floraison) est bénéfique pour la production de biomasse et n'inhibe pas la nodulation et la fixation symbiotique puisqu'elle est encore à son début; il retarde le pic de son activité de quelque jours. Le 3ème apport a lieu au stade 60 JAL (début de dégénérescence des nodosités et de la chute naturelle de la fixation), cet apport remplace ce que la fixation fournit avant sa chute; il maintient l'assimilation des nitrates à un niveau élevé, permettant l'obtention d'une production élevée.
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